Popper feuillet n°11

 

 

 

 

 

 

 

    Dans ce feuillet je veux approfondir le développement de l’idéalisme. Ce n’est pas une question philosophique liée à la théorie de la connaissance comme essayent de le faire plusieurs contemporains (exemple Habermas) Il suffit d’aborder l’idealisme par les conséquences qu’il a engendréé. Nous avons déjà vu la preference pour le virtuel. Dans ce feuillet je veux faire comprendre une autre conséquence de la philosophie idealiste qui est la séparation de l’objectif et du subjectif.

 

    Quelle chance d’avoir rencontré et lu Husserl une dizaine d’années auparavant en allant en Chine en avion. Tandis que Husserl essaye de clarifier cette opposition du subjectif et de l’objectif parce que elle vient d’être introduite en physique théorique par les calculs d’Heisenberg sur le quanta, on découvre qu’en Chine la confusion de l’objectif et du subjectif est générale comme partie intégrante de la philosophie confucéenne dont ce pays est l’héritier. Si on ajoute a ce parcours intellectuel la lecture de Karl Popper qui s’est toujours méfié de l’énoncé conceptuel 1 ,et le rechauffement climatique contre lequel on echoue a lutter années apres années, on est bien obligé de constater que l’ONU en est a 26 réunions mondiales en ayant toujours presque rien fait, on voit se mettre en place de plus en plus le desequilibre entre le subjectif et l’objectif.

 

      Ces trois personnes a peu pres de la meme époque dans le debut du 20° siecle, E.Husserl, W.Heisenberg et K.Popper tous les trois de langue allemande sont comme trois etoiles brillantes dans le ciel. Quelle chance de voir qu’on peut les associer dans une nouvelle constellation que presque aucun philosophe de la science n’a étudiée jusqu’à present. Comme le dit Jacques Bouveresse un des vulgarisateurs français de la philosophie allemande de cette époque, la philosophie et la science en France ont de mauvaises relations.

 

     La citation de Husserl issue de son dernier livre,(la crise de la science européenne et la phénomenologie transcendantale écrit en 1936, et publié seulement en 1954) qui justifie mon travail est :

 

 

« Le paradoxe de la subjectivité humaine : être sujet pour le monde , et être en même temps objet dans le monde » (p203)

« Mais pouvons nous nous rassurer à ce prix et contenter de cette simple factualité, que les hommes sont des sujets pour le monde (le monde qui est pour eux et dans la conscience qu’il en ont, leur monde) et sont en même temps des objets dans le monde ? » (p205)

       Contrairement a ce que dit Edgar Morin il ne s’agit pas ici de changer de paradigme. On n’est plus du tout au temps de Descartes ou la raison l’emporte sur la nature, paradigme que Morin essaye de renverser. L’humanité traverse avec le réchauffement climatique dont elle a pris conscience en 2002 au sommet de Rio, une autre opposition que nature et culture, celle l’objectif et du subjectif. qu’elle ne sait pas gérer de façon équilibré.

 

      En général l’homme ne fait pas partie de la nature et le réchauffement climatique a engendré un énorme mouvement spirituel vers le bouddhisme et vers le Yoga. Puis tout a coup on revient en arrière on s’aperçoit que les modifications génétiques qu’on a opéré sur les plantes et les animaux pourraient bien influer sur notre patrimoine génétique humain, et de nouveau les savants plaident pour une certaine dose de matérialisme.

 

La philosophie de la science utilise une autre notion a la suite de Husserl qui est celle de « l’universel », parce que prétend le philosophe fondateur de la phénoménologie, la vérité scientifique est universelle.

 

      Nous savons maintenant que L'accès a l'universel ne peut tout simplement pas s'opérer au moyen du vocabulaire suranné de la phénoménologie. De nombreux exégètes d' Husserl ont du se lancer dans des dictionnaires pour donner les définitions de ses concepts. Il y a rarement des définitions univoques.  Nous savons que, lui même Husserl n’est pas objectif en excluant le monde chinois de son étude de la conscience.

 

 

     C’est pourquoi c’était une bonne façon, et je dirais même, une façon entièrement nouvelle dans l’histoire de la philosophie ci dessus contenue dans les phrases d’ Husserl, de poser la question du subjectif et de l’objectif, dans un avion en route pour l’extrême orient. On n’est pas moins subjectif d’un côté que de l’autre, en extrême orient comme en extrême occident, parce que chacun croit voir chez l’autre ce qui est subjectif et l’empêche d’avancer, sans que les résultats de la science n’y change rien.

 

     Par contre ceux qui ont entrepris des spéculations intellectuelles a la suite de leur fréquentation de la culture chinoise sont légions. La confusion entre objectivité et subjectivité est tellement tabou dans la philosophie que c’est considéré comme une forme de barbarie que de se débarrasser de l’ origine de cette question et de déclarer comme ce voyage me l’a fait découvrir que la relation entre le subjectif et l’objectif dans tous ses aspects est un problème est-ouest, Europe ou Chine. La philosophie n’aime pas la brutalité et prétend l’interdire.

 

      Parmi les penseurs de la spécificité chinoise on peut citer François Julien philosophe qui a bien conscience de la limite de la notion d’universel utilisée par Husserl Julien s’est emparé du texte de « la déclaration universelle des droits de l’homme » dans le but de montrer qu’elle est aussi universelle pour les chinois. Il aurait voulu inclure dans ce qui est universel ce que Husserl avait exclu. On sait maintenant qu’il a échoué, que les déclarations universelles non seulement s’arrêtent a l’opposition des genres, a l’opposition des races, mais aussi a la frontière chinoise et, et légitimement, aurait du elle être écrit pendant la révolution française si de l’autre coté du monde en Chine on avait su que ce pays était déjà l’ héritier d’une exceptionnelle tradition de cruauté ?

 

      Les chinois ne faisaient pas partie de la revue de la connaissance encyclopédique d’ Husserl. Leur absence se fait sentir car,aucun peuple ne répond mieux à la « factualité » d’être à la fois sujet et objet du monde, qu’il appelle de ses Vœux2. Husserl s’épuise à les atteindre. C’est son dernier livre. C’est sa dernière année d’université. C’est presque sa dernière année de vie. Juif dans l’Allemagne nazie on lui a interdit de travailler. Il est au seuil de la mort.Husserl pose le problème de l’objectif et du subjectif dans la science comme si la première guerre mondiale n’avait jamais eu lieu, comme si grâce au domaine de la science ou pouvait sauter par dessus l’horrible conflit qui justement aurait du être étudié scientifiquement.

 

 

     Car il faut revenir a la COP et à l’ensemble des études consacrées au réchauffement climatique et séparer l’objectif du subjectif car le financement du réchauffement climatique est de l’ordre du subjectif. Aussi longtemps qu’on raisonnera en termes de coûts d’opportunité et qu’on en conclura un montant d’investissement à réaliser on privilégira la nature en tant qu’objet et non pas en tant que sujet qui permette d’objectiver l’évolution de l’humanité dans son tout de façon universelle comme l’exige Husserl et en tenant compte de ses défauts.

 

       L’homme (tout sexes et races confondues), la vie humaine font-ils partie de la nature ? A chaque fois que la question se pose, la religion revient en force et avec elle toutes les négations du rationalisme critique enseigné par Karl Popper. Que la science nous autorise a explorer le fin fond de l’univers ou que les progrès de la morphogenèse nous rapproche de l’origine de la vie, a chaque fois la main de Dieu revient dans les débats et la connaissance continue d’être profondément divisées entre les sciences dites dures ou expérimentales au sens de Popper et les autres sciences sociales considérées comme subjectives.

 

       C’est seulement maintenant qu’on est fortement ancré dans le 21° siècle, a cause de la formation du « big data » que toutes les formes de la connaissance ont été prises en considération par l’informatique que l’encadrement du subjectif et de l’objectif paraît raisonnable (susceptible d’être raisonné), et qu’on pourra peut être opposer une réaction collective et mondiale au réchauffement climatique comme on est obligé de le faire avec la pandémie (mais aussi pour une autre activité qui a atteint le même niveau de mondialisation que le réchauffement climatique, et qui est le sport). Car comme a l’époque romaine la seule perspective qui nous est proposée par le système capitaliste mondial beaucoup plus tenace qu’on a pu le croire ce sont les jeux du cirque).

 

Meleze janvier 2022

 

 

 

1(1) J'ai trouvé cette citation dans un bouquin de 1933 "les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance": (p 256) que les lois de la nature doivent justement être des propositions universelles résulte de l'utilisation du mot lois de la nature.Nous ne reconnaissons comme véritable loi de la nature qu'une règle qui se confirme toujours en toutes circonstances. Si des écarts par rapport a une loi de la nature viennent un jour a être découverts, une nouvelle loi de la nature  doit alors être formulée qui embrasse ces écarts"

 

 

2 On peut reprendre ici le vocabulaire de karl Popper au sujet de l’historicisme en écrivant qu’une forme de la confusion entre objectivité et subjectivité c’est la recréation de l’historicisme. La Chine be parvient pas a sortir de l’historicisme. Elle a un destin a accomplir a travers le monde